Orthodoxe protestant catholique : quelles différences dans la Bible utilisée ?

Quand on ouvre une Bible catholique, une Bible protestante et une Bible orthodoxe côte à côte, le premier réflexe est de chercher les différences dans le texte. Le constat est plus simple : ces trois Bibles ne contiennent pas le même nombre de livres. L’écart ne porte pas sur les Évangiles ni sur les lettres de Paul, mais sur une partie précise de l’Ancien Testament. Comprendre pourquoi demande de remonter bien avant la Réforme.

La Septante, traduction grecque à l’origine de l’écart entre Bibles

Avant l’apparition du christianisme, les communautés juives installées autour de la Méditerranée parlaient grec au quotidien. Elles ont traduit leurs textes sacrés de l’hébreu vers le grec. Cette traduction, appelée la Septante, ne s’est pas limitée aux livres hébreux existants.

Les traducteurs y ont intégré des textes religieux plus récents, rédigés directement en grec ou conservés uniquement dans cette langue. Parmi eux : le Siracide, la Sagesse de Salomon, Tobit, Judith, Baruch, et les deux livres des Maccabées.

Les premiers chrétiens, qui s’exprimaient majoritairement en grec, ont adopté la Septante comme référence. C’est ce corpus élargi qui a servi de base à l’Ancien Testament des premières communautés chrétiennes. Le désaccord sur ces livres supplémentaires n’est apparu que bien plus tard.

Jeune femme dans une bibliothèque universitaire consultant une Bible et un tableau comparatif des canons bibliques

Livres deutérocanoniques : le cœur du désaccord catholique et protestant

Ces textes grecs ajoutés à la Septante portent un nom technique : livres deutérocanoniques. Le terme signifie « du second canon », c’est-à-dire intégrés dans un deuxième temps à la liste officielle des livres sacrés.

L’Église catholique les reconnaît comme inspirés et les inclut dans sa Bible. Le concile de Trente, au XVIe siècle, a confirmé leur statut canonique face à la contestation protestante.

Les réformateurs protestants, Martin Luther en tête, ont fait un choix différent. Ils ont décidé de s’en tenir au canon hébreu, c’est-à-dire aux seuls livres dont on possédait un original en hébreu. Les deutérocanoniques ont été écartés ou relégués en appendice. Une Bible protestante contient donc moins de livres qu’une Bible catholique.

Quels livres sont concernés ?

  • Tobit et Judith, deux récits narratifs absents des Bibles protestantes mais présents dans les Bibles catholiques et orthodoxes.
  • La Sagesse de Salomon et le Siracide (ou Ecclésiastique), deux livres de sagesse utilisés en liturgie catholique.
  • Baruch, incluant la Lettre de Jérémie, ainsi que des ajouts aux livres de Daniel et d’Esther.
  • Les premier et deuxième livres des Maccabées, qui racontent la révolte juive contre la domination grecque.

Canon orthodoxe : une Bible encore plus large

Vous avez peut-être remarqué que la Bible orthodoxe est souvent décrite comme « la plus grande ». Ce n’est pas une exagération. Le canon orthodoxe inclut tous les deutérocanoniques catholiques, plus d’autres textes.

L’Église orthodoxe grecque ajoute par exemple le troisième livre des Maccabées et le Psaume 151. L’Église orthodoxe éthiopienne va encore plus loin avec un canon qui compte la plus large collection de livres bibliques parmi toutes les traditions chrétiennes. Des applications récentes donnent accès à ce corpus étendu, comme « Amharic Orthodox Bible 81-3D » qui propose les 81 livres canoniques de cette tradition.

Cette différence s’explique par le fait que les Églises orthodoxes n’ont jamais restreint leur Ancien Testament au seul canon hébreu. Elles sont restées fidèles à la Septante, voire à des traditions manuscrites locales encore plus larges.

Pourquoi ce canon n’a-t-il pas été unifié ?

Les Églises orthodoxes fonctionnent de manière autocéphale : chaque Église nationale conserve une certaine autonomie. Il n’y a pas eu d’équivalent du concile de Trente pour fixer une liste universelle. Le résultat : le canon orthodoxe varie légèrement d’une Église à l’autre, contrairement au canon catholique romain, uniforme depuis le XVIe siècle.

Trois Bibles catholique, protestante et orthodoxe posées sur une surface en pierre dans une cour d'église ancienne

Traductions et usage liturgique : des Bibles qui ne servent pas de la même façon

Au-delà du nombre de livres, la manière dont chaque confession utilise sa Bible au quotidien crée des différences concrètes.

Côté catholique, une nouvelle traduction liturgique francophone publiée en 2013 est devenue le texte de référence pour la messe. Cette traduction entraîne une révision progressive de tous les livres liturgiques (évangéliaire, lectionnaires, missels) pour s’aligner sur ce texte unique. Ce chantier de mise à jour est toujours en cours, selon les sites officiels de l’épiscopat francophone.

Côté protestant, la tradition insiste sur l’accès direct du fidèle au texte biblique, sans médiation obligatoire par la liturgie. La traduction Louis Segond reste la plus répandue en français. Chaque assemblée peut choisir sa version.

Côté orthodoxe, de nouveaux projets de traduction revendiquent explicitement la continuité avec le texte liturgique de l’Église. L’Eastern Orthodox Bible en anglais illustre cette tendance. Ces initiatives restent peu connues du grand public, mais elles montrent que la question de la traduction biblique orthodoxe est loin d’être figée.

Tableau comparatif des Bibles catholique, protestante et orthodoxe

Critère Bible protestante Bible catholique Bible orthodoxe
Base de l’Ancien Testament Canon hébreu Canon hébreu + deutérocanoniques Septante (variable selon l’Église)
Livres deutérocanoniques Exclus ou en appendice Inclus Inclus, parfois davantage
Nouveau Testament Identique Identique Identique
Traduction francophone courante Louis Segond, NBS Traduction liturgique 2013, TOB Variable selon la communauté

Le Nouveau Testament ne pose aucun problème de divergence : les mêmes textes se retrouvent dans les trois traditions, avec les mêmes Évangiles et les mêmes épîtres.

La différence entre une Bible orthodoxe, protestante et catholique tient donc à une question de périmètre de l’Ancien Testament, héritée de choix faits il y a des siècles sur la valeur accordée à la Septante grecque. Lire une traduction interconfessionnelle comme la TOB reste le moyen le plus direct de visualiser ces écarts, puisqu’elle inclut les deutérocanoniques tout en signalant leur statut variable selon les confessions.

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